Ouvre les yeux dans les yeux que tu crois avoir ouverts

Cette citation de Christiane Singer prend un sens tout particulier dans le chemin vers « être meilleur » pour ou avec les chevaux.

Ces êtres merveilleux, capables de communiquer en silence, qui ressentent nos états d’âme et y réagissent sans filtre : fuite, attirance, rejet…

Ces animaux qui savent propager leurs émotions et donc leur bien-être sans retenue.

Combien de moments magiques pendant ma pratique ! Ces instants où le compagnon de pré vient profiter du soulagement de l’autre. Voir ce cheval inconnu, que je n’ai pas touché, venir se blottir, la tête près du sol, pour un moment de sérénité pure… ou encore comme récemment, se coucher carrément auprès de celui que j’ai entre les mains, et les voir prendre plaisir ensemble, se détendre en phase…

Il suffit de savoir observer pour prendre la mesure de ce qui nous échappe dans la roue infernale du quotidien. L’instant présent, l’Amour ambiant, la bienveillance, le silence qui n’en est pas un : brise, oiseaux, feuilles, respirations, transit… Bref, la Vie 🙂

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Connaissance par le rythme

L’intuition est définie dans le dictionnaire par « une forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement ». Pas de délai, pas de doute, pas de parasite : l’intuition est la réponse que l’on a en soi.

Faire silence, considérer le cheval tel qu’il est : un être vivant. Or« […]l’être vivant n’est pas objet inerte mais sujet sensible. Son abord nécessite donc d’accepter la subjectivité, de réactiver l’intuition comme mode de connaissance. »*

« L’intuition comme mode de connaissance » l’évidence silencieuse qui nous mène à la compréhension, dans une danse avec « […]un animal qui incarne magnifiquement l’essence même du rythme et du mouvement : le cheval. « *

Voilà : si nous aiguisons notre intuition, le cheval nous apprend le rythme, le saisissement de l’instant juste, le tact.

Et par là nous donne accès à une connaissance plus large du monde, où c’est la Nature qui donne le tempo…

et non plus nos montres…

* Citations : Dr Ancelet, Se nourrir… et être nourri…

Travail sur soi

J’ai la chance de faire un métier en lien avec ma passion.

Un métier qui me pousse à chercher toujours plus loin, à me remettre sans arrêt en question et à grandir humainement.

J’ai une vision de ce métier qui exige que je travaille énormément sur moi. Sur mes émotions, sur ma gestuelle, sur mon attitude. Je ne suis qu’au début du chemin et il arrive que je sois mécontente de moi sur certaines séances.

Mais ces moments de remise en question sont l’occasion aussi de recentrer mes objectifs, de dessiner de plus en plus précisément ce vers quoi je veux tendre dans mon chemin de vie mais aussi ce que je souhaite pour les couples avec lesquels j’interagis.

En ce moment, avec ce travail assez intense sur moi-même, j’ai des résultats invisibles pour les autres, mais marquants pour moi.

Au cours d’une séance au sein du troupeau, où je fais travailler une cliente sur son attitude, adoptant moi aussi une gestuelle adéquate, je me suis retrouvée entourée de Fakir et Vulkan, tous les deux sont venus se poster près de moi, sans réclamer quoi que ce soit d’autre que la sérénité d’être dans mon entourage. Ce n’est pas quelque chose qui se passe habituellement, du tout, et surtout pas de la part de Fakir.

Une autre fois récente, en ramenant Vulkan au pré, Fakir était couché. Il m’a laissée approcher et s’est étalé de tout son long à mes pieds. C’est un cheval qui a toujours été très méfiant dans ce genre de situation et il ne se laisse normalement aller que s’il est tranquille au soleil sans humain dans les parages. Là, non, c’est bien une fois que j’étais près de lui qu’il s’est étendu, serein, la tête quasiment sur mes boots. C’est la première fois en 10 ans qu’il ose s’abandonner à ce point.

Ce sont des détails… mais très significatifs. C’est la preuve que travailler sur sa démarche, sur sa conviction, sur sa respiration, sur tout ce que nos chevaux perçoivent, permet d’influer sur leur plaisir à être en notre compagnie.

Dans ce contexte il n’est pas question d’être celui qui nourrit, celui qui gratte, celui qui « fait bouger », il est question d’être celui qui protège, qui rassure, auprès duquel il fait bon vivre.

Bien sûr tout ne change pas du jour au lendemain, mais le travail paie… sans compter que les qualités qu’on développe ainsi sont utiles dans la vie humaine aussi 😉

Le zen à cheval

« Les mots servent à exprimer les idées ; quand l’idée est saisie, oubliez les mots. »

Tchouang-Tseu

« Délaissez un peu la technique et montez avec votre cœur ! »

N. Oliveira

Parallèle intéressant…

L’importance du ressenti et l’intuition qui, une fois les bases assimilées, doivent occulter la méthode, le protocole, le scolaire.

Plus on en fait, moins on ressent

Effleurer un cheval, et découvrir des dépressions dans son poil qu’on ne soupçonnait pas malgré les pansages répétés auparavant.

Se grandir, et être surpris par un arrêt de son cheval rênes longues.

Sourire, et se laisser surprendre par le bien-être ressenti et le gain de motivation du cheval.

Regarder une partie mobile de son cheval et l’observer bouger sous ce regard.

Se passer des pressions, des tensions, toucher du bout des doigts ou ne pas toucher du tout, et tout obtenir, quand-même.

La boîte percée

Contenir l’excitation sans augmenter la pression.

Garder la concentration sans frustrer son élève.

Enfermer son énergie dans une boîte qui laisserait filtrer l’acceptable, l’expressivité des gestes sans brutalité.

Contrôler sans force physique, mais par un dosage délicat entre gestuelle, regard, sourires, temps de pause et temps de « laisser aller ».

Par coeur

Effleurer, toucher, balayer du bout des doigts, épouser les courbes et marquer les angles du corps du cheval.

Sentir la chaleur, les chaleurs, les froids, les gonfles, les dépressions sous les mains.

Le connaître par cœur pour mieux déceler un problème éventuel.

Prendre le temps de parcourir chaque centimètre carré pour qu’il se livre dans la quiétude et qu’il s’intéresse à son bienfaiteur.

Devenir source de confort avant tout, préparer la séance en douceur et en connaissant sa sensibilité du jour.

Le ton est donné, les demandes seront en accord avec ses possibilités.

Le pouvoir de la suggestion

Pousse-le, il s’appuiera.

Tape-le, il se creusera.

Tire-le, il ralentira.

Soulève-le, tu le porteras.

Tout ce qui s’apparente à un rapport de force est perdu d’avance.

Seules les brutes qui n’ont pas peur de violenter le cheval physiquement ou psychologiquement auront des résultats… avec un cheval éteint qui obéit par résignation.