Travail sur soi

J’ai la chance de faire un métier en lien avec ma passion.

Un métier qui me pousse à chercher toujours plus loin, à me remettre sans arrêt en question et à grandir humainement.

J’ai une vision de ce métier qui exige que je travaille énormément sur moi. Sur mes émotions, sur ma gestuelle, sur mon attitude. Je ne suis qu’au début du chemin et il arrive que je sois mécontente de moi sur certaines séances.

Mais ces moments de remise en question sont l’occasion aussi de recentrer mes objectifs, de dessiner de plus en plus précisément ce vers quoi je veux tendre dans mon chemin de vie mais aussi ce que je souhaite pour les couples avec lesquels j’interagis.

En ce moment, avec ce travail assez intense sur moi-même, j’ai des résultats invisibles pour les autres, mais marquants pour moi.

Au cours d’une séance au sein du troupeau, où je fais travailler une cliente sur son attitude, adoptant moi aussi une gestuelle adéquate, je me suis retrouvée entourée de Fakir et Vulkan, tous les deux sont venus se poster près de moi, sans réclamer quoi que ce soit d’autre que la sérénité d’être dans mon entourage. Ce n’est pas quelque chose qui se passe habituellement, du tout, et surtout pas de la part de Fakir.

Une autre fois récente, en ramenant Vulkan au pré, Fakir était couché. Il m’a laissée approcher et s’est étalé de tout son long à mes pieds. C’est un cheval qui a toujours été très méfiant dans ce genre de situation et il ne se laisse normalement aller que s’il est tranquille au soleil sans humain dans les parages. Là, non, c’est bien une fois que j’étais près de lui qu’il s’est étendu, serein, la tête quasiment sur mes boots. C’est la première fois en 10 ans qu’il ose s’abandonner à ce point.

Ce sont des détails… mais très significatifs. C’est la preuve que travailler sur sa démarche, sur sa conviction, sur sa respiration, sur tout ce que nos chevaux perçoivent, permet d’influer sur leur plaisir à être en notre compagnie.

Dans ce contexte il n’est pas question d’être celui qui nourrit, celui qui gratte, celui qui « fait bouger », il est question d’être celui qui protège, qui rassure, auprès duquel il fait bon vivre.

Bien sûr tout ne change pas du jour au lendemain, mais le travail paie… sans compter que les qualités qu’on développe ainsi sont utiles dans la vie humaine aussi 😉

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Intention, suggestion, récompense

Pendant l’exercice du Tai Chi Chuan, il importe d' »agir psychiquement et non agir physiquement » […]

James Kou, Tai Chi Chuan, harmonie du corps et de l’esprit

 Avec les chevaux, il ne s’agit pas d’arracher un mouvement.

On ne va pas tirer sur la nuque d’un cheval jusqu’à ce qu’il trotte derrière nous.

On ne va pas taper sur son poitrail jusqu’à ce qu’il recule.

On ne va pas commencer par une sensation désagréable voire douloureuse avant d’y avoir mis l’intention, d’avoir essayé d’obtenir le mouvement par suggestion.

Il se trouve que certains agissent ainsi, pensant bien faire, mais ôtant alors au cheval toute fierté, toute animalité. Il devient un objet, une figurine dont on actionne telle ou telle partie articulée. En agissant ainsi, ces personnes s’imaginent qu’elles apprennent à un cheval à trotter, qu’elles apprennent à un cheval à reculer… Non. Les chevaux savent très bien bouger sans nous, nous ne sommes là que pour leur demander humblement de bouger dans le sens qui nous arrange au moment voulu.

Et pour que le cheval se meuve, il lui faut un but, qui ne soit pas l’absence de douleur ou d’inconfort, mais bien un confort, un objectif qui lui soit profitable.

L’intention, c’est l’action psychique. C’est peu voire pas de désordre. C’est peu voire pas de stress, avec quelqu’un qui se maîtrise un minimum.

L’intention, c’est donner un sens clair à l’action demandée.

La récompense, c’est remercier le cheval d’avoir fait de notre intention la sienne.

Approche et pause

La pause, le temps de la réflexion, le petit blocage entre inspiration et expiration, l’instant nécessaire.

S’approcher du cheval, décrire un arc de cercle, l’observer et marquer la pause au moment où il semble vouloir s’écarter.

Un infime report de poids, une inflexion de l’encolure, on stoppe tout.

Et vient alors l’intérêt du cheval, sa curiosité et sa gratitude pour ne pas l’avoir oppressé.

A recommencer cette danse, la distance s’amenuise, jusqu’à se trouver aux portes du rêve tant convoité.

Apprivoiser

Un nouveau cheval entre dans votre vie, il agrandit votre famille.

Qu’il soit dressé ou non, en pleine forme ou non, doté d’un mental exceptionnel ou non, vous devez l’apprivoiser.

Ce n’est pas parce qu’un cheval développe ses gammes devant vous et réagit de manière adéquate à vos demandes, qu’il vous connait. Pas plus que vous ne le connaissez – quand bien même vous auriez appris par cœur son pédigrée.

Prendre le temps de l’observer, de venir le voir sans rien lui demander, le panser en liberté dans son pré, le toucher, lui parler, … pour le voir commencer à changer de regard. Il se met à vous observer à son tour, puis s’intéresse vraiment à vous, s’oriente par rapport à vos déplacements. Il est détendu, n’hésite plus à venir vous sentir un instant pour retourner brouter un peu plus loin, il a l’encolure basse quand il marche, …

Chaque cheval a ses petits témoignages d’affection et d’intérêt, chaque cheval doit être apprivoisé d’une manière et à un rythme qui lui correspond : le rassurer, le laisser respirer, le toucher, lui parler, lui donner à manger, le gratter… mais ce qui prime, c’est votre posture humble et surtout pas agressive ; ainsi que votre regard : tantôt droit dans les yeux avec un grand sourire, tantôt au sol pour éviter de provoquer une fuite… à vous de jouer de tout ce dont votre corps dispose pour communiquer.

Selon le vécu du cheval, cette étape peut prendre quelques jours comme quelques mois… voire années. Cela n’empêche pas d’interagir avec lui dans le travail, mais il serait logique et préférable que tout couple cavalier-cheval débute par une reconnaissance mutuelle avant d’entamer n’importe quel exercice. Après tout, ne parlons-nous pas de partenariat dans le travail? Et comment demander à un animal d’être un partenaire sans l’avoir jamais apprivoisé?

Le stress du cheval : le minimiser, le gérer

Dans leur vie les chevaux ont plusieurs occasions d’être stressés : le sevrage, le débourrage, les déménagements, les accidents, les intempéries exceptionnels, les conflits avec l’humain…

Penser qu’on peut éviter tout stress à un animal d’une telle sensibilité et avec un tel instinct de survie est plutôt utopiste, à moins qu’il vive toute sa vie au même endroit, dans un pré sécurisé, à l’abri du vent et sans changement dans le troupeau… bon avouez que c’est quand même quasiment impossible.

Donc le Cheval stresse. Est-ce qu’il faut dramatiser, est-ce qu’il faut redoubler d’attention, est-ce qu’il faut le laisser tranquille…??

Si votre cheval est stressé à un moment précis, il doit rester conscient que vous êtes un référent. Dans des situations de peur, il est parfois besoin de lui rappeler sa place en marquant fortement les distances de sécurité, tout en restant très calme et donc rassurant. En bref : comportez-vous en leader et votre cheval vous considérera comme tel, puis se détendra grâce à votre présence.

Si votre cheval est très sensible et bondit tout le temps pour un rien, s’il fuit le contact, s’il réagit de manière excessive à tout ce qui l’entoure, c’est qu’il est dans l’incompréhension totale de ce qu’on attend de lui. Il ne peut pas du tout anticiper vos actes parce qu’il est perdu, donc il est surpris de tout.

Ce genre de situation nait de débourrages trop rapides ou maladroits, ou si le débourrage s’est bien passé, d’un travail bâclé / brutal par la suite.

Vous voulez que votre cheval soit rationnel dans ses réactions? Prévenez-le, habituez-le, reprenez les bases. Regardez-le, parlez-lui, touchez-le tout le temps et partout. En un mot, il faut l’apprivoiser.

On n’arrache pas les résultats à un cheval, il faut les mériter. Qu’un si bel animal, si puissant, nous offre une part de sa vie ne doit pas être considéré comme un dû avec sanction en cas de non coopération. Il faut que ce soit considéré comme un cadeau.

Mais attention, les Bisounours ne sont pas non plus mes amis !

Considérer leur participation comme un cadeau oui, mais il va de soi que tout ce qui touche à la sécurité doit être exigé. Et par là-même, en étant rigoureux sur la sécurité, vous devenez plus charismatique, vous prenez votre place de leader. Le cheval se sent donc en confiance en votre présence, il se contentera donc de cette place confortable de suiveur et cessera les provocations pour prendre le dessus. De plus, de la confiance naîtra la sérénité et vous n’aurez plus un cheval stressé, mais un partenaire fiable et attentif.

En finir avec l’hésitation

Langage corporel flou, regard vague, un pas en arrière un autre en avant ah bah non un demi-pas sur le côté, une main qui se lève puis s’arrête en milieu de mouvement et retombe….

Autant d’hésitations et de confusion dans l’esprit du cheval.

Décomposer sa pensée, visualiser ce qu’on va exécuter, laisser le corps parler de lui-même avant d’agir et enfin concrétiser en étant sûr de soi et du bien fondé de son action…

Autant de raisons de réussir et de nouer un lien plus fort avec son cheval.