L’art de la lenteur

Chaque geste est ralenti, chaque mouvement est suspendu et ainsi l’équilibre est révélé.

Un bras retenu, un antérieur qui attend avant de reposer au sol…

Un report de poids, un repositionnement, une pause.

La cadence, la fluidité, la suspension… le pas d’école, en somme.

https://www.youtube.com/watch?v=_K3LJAb40y4
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Cheval miroir…

« – Mon premier instructeur n’a fait que m’enseigner la manière de contrôler mon cheval, mais Zip semblait toujours faire le contraire de ce que je lui demandais […] Il était si imprévisible que cela me rendait encore plus nerveuse. Au bout d’un certain temps, je n’étais qu’une boule de peur.

– Et si Zip ne faisait que mettre en pratique ce que vous ressentiez ? […] »

Le Tao du cheval, Linda Kohanov

Le zen à cheval

« Les mots servent à exprimer les idées ; quand l’idée est saisie, oubliez les mots. »

Tchouang-Tseu

« Délaissez un peu la technique et montez avec votre cœur ! »

N. Oliveira

Parallèle intéressant…

L’importance du ressenti et l’intuition qui, une fois les bases assimilées, doivent occulter la méthode, le protocole, le scolaire.

Origine du mouvement

Dans la pratique du Tai Chi, le bassin doit guider le mouvement.

Les bras ne s’articulent qu’en suivant le mouvement des épaules, induit par celui de la colonne, guidée elle-même par le bassin.

Et ainsi, les mouvements se font sans force musculaire, mais dans la fluidité et la conscience de l’instant présent.

On n’est ni demain, ni hier, mais maintenant. A chaque instant.

L’assiette du cavalier a ce même rôle d’initiateur du mouvement… mais le parallèle pourrait ne pas s’arrêter là.

Plus on en fait, moins on ressent

Effleurer un cheval, et découvrir des dépressions dans son poil qu’on ne soupçonnait pas malgré les pansages répétés auparavant.

Se grandir, et être surpris par un arrêt de son cheval rênes longues.

Sourire, et se laisser surprendre par le bien-être ressenti et le gain de motivation du cheval.

Regarder une partie mobile de son cheval et l’observer bouger sous ce regard.

Se passer des pressions, des tensions, toucher du bout des doigts ou ne pas toucher du tout, et tout obtenir, quand-même.

Abaisser les hanches

Si le cheval abaisse naturellement les hanches pour gagner en équilibre,

Si le dressage réside dans la recherche d’un équilibre constant où le cheval abaisse son arrière-main en fléchissant les hanches,

L’humain gagnera considérablement en stabilité s’il abaisse ses hanches, jambes fléchies.

Ainsi toutes ses articulations fonctionnent, il ne tient pas sur ses pieds par la force physique, mais par l’équilibre.

La boîte percée

Contenir l’excitation sans augmenter la pression.

Garder la concentration sans frustrer son élève.

Enfermer son énergie dans une boîte qui laisserait filtrer l’acceptable, l’expressivité des gestes sans brutalité.

Contrôler sans force physique, mais par un dosage délicat entre gestuelle, regard, sourires, temps de pause et temps de « laisser aller ».

Par coeur

Effleurer, toucher, balayer du bout des doigts, épouser les courbes et marquer les angles du corps du cheval.

Sentir la chaleur, les chaleurs, les froids, les gonfles, les dépressions sous les mains.

Le connaître par cœur pour mieux déceler un problème éventuel.

Prendre le temps de parcourir chaque centimètre carré pour qu’il se livre dans la quiétude et qu’il s’intéresse à son bienfaiteur.

Devenir source de confort avant tout, préparer la séance en douceur et en connaissant sa sensibilité du jour.

Le ton est donné, les demandes seront en accord avec ses possibilités.

Intention ou émotion

Un cheval se travaille dans l’intention et non dans l’émotion.

L’amour et la colère sont voisins, passer de l’un à l’autre est aisé pour une contrariété ou une autre. Travailler dans l’émotion mène donc à des réactions déconnectées de la réalité de la situation. Un exercice est proposé : « Cherche la solution! »

Et non : « Fais-moi plaisir, s’il te plait » ; qui mène rapidement à : « Je t’en veux, tu ne me rends pas l’amour que je te porte ».

L’intention est neutre : nous avons un objectif, nous nous y tenons. Avec patience, réactivité et le plus de calme possible. Il n’y a ni rancœur, ni trouble, ni excitation, ni peur.

Décontraction et musculation

« Le muscle est l’organe parlant de l’anxiété et par ce fait, le tonus musculaire est intimement lié aux variations de tensions psychologiques. »

« Le geste sportif idéal, est celui qui se déroule dans un bon état de confort moral ou psychique. »

source : Approche de la kinésithérapie du cheval, J.-M. Denoix et J.-P. Pailloux

Pour muscler un cheval à l’envers, rien de tel que la contention et la pression psychologique.

Si certains parviennent à obtenir des chevaux musculeux par la force, ils auront nécessairement nuit à leur intégrité physique (articulations, glandes, ligaments …) et psychique (cheval soumis à la douleur, abruti, ou en colère des années durant sous le regard ébahi des spectateurs, qui ne voient ni les queues qui fouaillent, ni les oreilles plaquées, ni les bouches crispées, ni les nuques fermées).