Connaissance par le rythme

L’intuition est définie dans le dictionnaire par « une forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement ». Pas de délai, pas de doute, pas de parasite : l’intuition est la réponse que l’on a en soi.

Faire silence, considérer le cheval tel qu’il est : un être vivant. Or« […]l’être vivant n’est pas objet inerte mais sujet sensible. Son abord nécessite donc d’accepter la subjectivité, de réactiver l’intuition comme mode de connaissance. »*

« L’intuition comme mode de connaissance » l’évidence silencieuse qui nous mène à la compréhension, dans une danse avec « […]un animal qui incarne magnifiquement l’essence même du rythme et du mouvement : le cheval. « *

Voilà : si nous aiguisons notre intuition, le cheval nous apprend le rythme, le saisissement de l’instant juste, le tact.

Et par là nous donne accès à une connaissance plus large du monde, où c’est la Nature qui donne le tempo…

et non plus nos montres…

* Citations : Dr Ancelet, Se nourrir… et être nourri…
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Travail sur soi

J’ai la chance de faire un métier en lien avec ma passion.

Un métier qui me pousse à chercher toujours plus loin, à me remettre sans arrêt en question et à grandir humainement.

J’ai une vision de ce métier qui exige que je travaille énormément sur moi. Sur mes émotions, sur ma gestuelle, sur mon attitude. Je ne suis qu’au début du chemin et il arrive que je sois mécontente de moi sur certaines séances.

Mais ces moments de remise en question sont l’occasion aussi de recentrer mes objectifs, de dessiner de plus en plus précisément ce vers quoi je veux tendre dans mon chemin de vie mais aussi ce que je souhaite pour les couples avec lesquels j’interagis.

En ce moment, avec ce travail assez intense sur moi-même, j’ai des résultats invisibles pour les autres, mais marquants pour moi.

Au cours d’une séance au sein du troupeau, où je fais travailler une cliente sur son attitude, adoptant moi aussi une gestuelle adéquate, je me suis retrouvée entourée de Fakir et Vulkan, tous les deux sont venus se poster près de moi, sans réclamer quoi que ce soit d’autre que la sérénité d’être dans mon entourage. Ce n’est pas quelque chose qui se passe habituellement, du tout, et surtout pas de la part de Fakir.

Une autre fois récente, en ramenant Vulkan au pré, Fakir était couché. Il m’a laissée approcher et s’est étalé de tout son long à mes pieds. C’est un cheval qui a toujours été très méfiant dans ce genre de situation et il ne se laisse normalement aller que s’il est tranquille au soleil sans humain dans les parages. Là, non, c’est bien une fois que j’étais près de lui qu’il s’est étendu, serein, la tête quasiment sur mes boots. C’est la première fois en 10 ans qu’il ose s’abandonner à ce point.

Ce sont des détails… mais très significatifs. C’est la preuve que travailler sur sa démarche, sur sa conviction, sur sa respiration, sur tout ce que nos chevaux perçoivent, permet d’influer sur leur plaisir à être en notre compagnie.

Dans ce contexte il n’est pas question d’être celui qui nourrit, celui qui gratte, celui qui « fait bouger », il est question d’être celui qui protège, qui rassure, auprès duquel il fait bon vivre.

Bien sûr tout ne change pas du jour au lendemain, mais le travail paie… sans compter que les qualités qu’on développe ainsi sont utiles dans la vie humaine aussi 😉

La position du cavalier

En Tai Chi aussi, on parle de la position du cavalier.

Pieds parallèles et écartés assez largement, dos droit, on fléchit les jambes en recherchant l’arrondi, en écartant les genoux.

A force de pratique, l’arrondi obtenu permet au T’Chi de circuler librement.

On utilise donc l’articulation de la hanche pour monter et descendre en gardant le dos droit, on ouvre les cuisses, on sollicite les genoux et les chevilles. En somme, on perfectionne sa position équestre !

Intention, suggestion, récompense

Pendant l’exercice du Tai Chi Chuan, il importe d' »agir psychiquement et non agir physiquement » […]

James Kou, Tai Chi Chuan, harmonie du corps et de l’esprit

 Avec les chevaux, il ne s’agit pas d’arracher un mouvement.

On ne va pas tirer sur la nuque d’un cheval jusqu’à ce qu’il trotte derrière nous.

On ne va pas taper sur son poitrail jusqu’à ce qu’il recule.

On ne va pas commencer par une sensation désagréable voire douloureuse avant d’y avoir mis l’intention, d’avoir essayé d’obtenir le mouvement par suggestion.

Il se trouve que certains agissent ainsi, pensant bien faire, mais ôtant alors au cheval toute fierté, toute animalité. Il devient un objet, une figurine dont on actionne telle ou telle partie articulée. En agissant ainsi, ces personnes s’imaginent qu’elles apprennent à un cheval à trotter, qu’elles apprennent à un cheval à reculer… Non. Les chevaux savent très bien bouger sans nous, nous ne sommes là que pour leur demander humblement de bouger dans le sens qui nous arrange au moment voulu.

Et pour que le cheval se meuve, il lui faut un but, qui ne soit pas l’absence de douleur ou d’inconfort, mais bien un confort, un objectif qui lui soit profitable.

L’intention, c’est l’action psychique. C’est peu voire pas de désordre. C’est peu voire pas de stress, avec quelqu’un qui se maîtrise un minimum.

L’intention, c’est donner un sens clair à l’action demandée.

La récompense, c’est remercier le cheval d’avoir fait de notre intention la sienne.

Approche et pause

La pause, le temps de la réflexion, le petit blocage entre inspiration et expiration, l’instant nécessaire.

S’approcher du cheval, décrire un arc de cercle, l’observer et marquer la pause au moment où il semble vouloir s’écarter.

Un infime report de poids, une inflexion de l’encolure, on stoppe tout.

Et vient alors l’intérêt du cheval, sa curiosité et sa gratitude pour ne pas l’avoir oppressé.

A recommencer cette danse, la distance s’amenuise, jusqu’à se trouver aux portes du rêve tant convoité.

Origine du mouvement

Dans la pratique du Tai Chi, le bassin doit guider le mouvement.

Les bras ne s’articulent qu’en suivant le mouvement des épaules, induit par celui de la colonne, guidée elle-même par le bassin.

Et ainsi, les mouvements se font sans force musculaire, mais dans la fluidité et la conscience de l’instant présent.

On n’est ni demain, ni hier, mais maintenant. A chaque instant.

L’assiette du cavalier a ce même rôle d’initiateur du mouvement… mais le parallèle pourrait ne pas s’arrêter là.

Abaisser les hanches

Si le cheval abaisse naturellement les hanches pour gagner en équilibre,

Si le dressage réside dans la recherche d’un équilibre constant où le cheval abaisse son arrière-main en fléchissant les hanches,

L’humain gagnera considérablement en stabilité s’il abaisse ses hanches, jambes fléchies.

Ainsi toutes ses articulations fonctionnent, il ne tient pas sur ses pieds par la force physique, mais par l’équilibre.

La boîte percée

Contenir l’excitation sans augmenter la pression.

Garder la concentration sans frustrer son élève.

Enfermer son énergie dans une boîte qui laisserait filtrer l’acceptable, l’expressivité des gestes sans brutalité.

Contrôler sans force physique, mais par un dosage délicat entre gestuelle, regard, sourires, temps de pause et temps de « laisser aller ».